
Lorsque je suis arrivée en consultation pour un bilan de fertilité la toute première fois, c’était à Bilbao. La loi de 2021 sur la préservation des ovocytes n’était pas encore votée en France. J’étais célibataire. Je suis donc allée réaliser cette démarche en Espagne.
Pour des raisons d’inadéquation avec les valeurs de clinique que j’ai jugées trop mercantiles, je n’ai pas souhaité poursuivre avec l’Espagne et j’ai donc recommencé tout le processus depuis le début à la clinique de Bayonne, cette fois-ci avec mon conjoint.
Dès les premières questions de ma gynécologue, le sujet de l’âge a surgi. J’avais 38 ans. J’étais bien au courant du fait que la fertilité des femmes est supposée tomber en chute libre dès l’âge de 35 ans.
Je connaissais ma réserve ovarienne car j’avais déjà fait des examens à l’âge de 33 ans à l’hôpital de Valence et il se trouve que le nombre de mes follicules était plus élevé à 38 ans qu’à 33. Ma fertilité semblait faire fi des statistiques et, au contraire, augmenter avec l’âge.
Je me suis donc lancée dans les traitements, en compagnie et en complicité avec mon mari qui, tous les soirs au moment des injections, me soutenait physiquement et moralement.
Je suis allée tous les jours ou presque à la clinique pour suivre la maturation de mes ovocytes grâce à un monitoring (échographies endo-vaginales) et à des prises de sang pour mesurer le taux d’œstrogènes censé monter avec les stimulations.
J’ai connu les échecs de stimulation et les hyperstimulations avec arrêt brutal du traitement, la chute hormonale qui s’en suit, la déception et la déprime frappant comme un éclair en pleine nuit.
J’ai connu « l’échappement », c’est-à-dire l’ovulation non contrôlée après cinq jours de stimulations. À ce moment-là, les traitements doivent être suspendus. Nous devons attendre l’arrivée des règles et recommencer au cycle d’après.
Le 8 septembre 2025, la ponction a mené au prélèvement de 17 ovocytes. Ils ont tous été fécondés et 7 ont donné des embryons matures qui ont pu être congelés à J5, c’est-à-dire cinq jours après la fécondation in vitro.
Je me souviendrai éternellement de l’appel matinal du biologiste très enthousiaste, presque euphorique, pour me dire que mon mari et moi « nous avions bien bossé ».
L’intervention de la ponction ayant été très douloureuse — ce qui n’avait pas du tout été le cas à Bilbao — j’ai eu besoin d’un mois de repos avant de pouvoir imaginer une autre intrusion dans mon utérus.
La sensation d’une vague de spasmes géants s’élevant du périnée au diaphragme a duré des jours.
Le 12 novembre, le laboratoire m’a téléphoné pour me dire que le premier embryon décongelé se portait très bien et qu’il fallait que je me rende à la clinique l’après-midi même pour le transfert.
La gynécologue a donné la sonde échographique au futur papa afin de bien placer l’embryon dans l’utérus.
Puis, il a fallu attendre vingt jours.
Vingt longs jours de prières, de pleurs, de manque d’intérêt pour la vie, de questionnements au sujet de ce que j’allais faire de cette vie si cela ne fonctionnait pas.
La question centrale qui m’occupait durant tout ce parcours se résumait à cela :
« Est-ce que je mérite la vie si je n’arrive pas à la donner ? »
Je sais que c’est un peu dur, mais cette infertilité me faisait me sentir indigne de l’existence. Je dois dire que la foi m’a beaucoup aidée.
Vingt jours plus tard donc, la secrétaire très sympathique du service PMA me téléphone. L’appel tombe parfaitement entre deux de mes consultations matinales.
Nous avions prévu avec mon mari de nous retrouver le soir pour ouvrir les résultats ensemble mais son :
« Je vous appelle pour vous donner la marche à suivre suite aux résultats »
m’a plongée dans l’impossibilité de résister.
Elle m’annonce alors, à ma demande, que le taux des bêta-HCG est bien monté.
Je suis enceinte.
Fourmillements dans les jambes, palpitations du cœur, immense joie à l’intérieur. J’ai du mal à y croire, à réaliser.
J’appelle tout de suite mon mari qui, submergé par l’émotion, se déboîtera le genou l’après-midi même dans un cours de boxe.
Nous sommes sonnés. La vie, enfin, a répondu positivement à notre immense envie de devenir parents.
C’était le 24 novembre.
Puis s’est déroulé le grand bal des dosages des BHCG, la gonadotrophine chorionique humaine sécrétée par le corps de la femme enceinte. Il faut qu’il monte et continue de monter pendant sept jours.
Le mien tenait la barre.
La première échographie arrive.
Un jour gravé en moi pour l’éternité.
Évidemment, parce qu’elle confirme la grossesse évolutive mais aussi parce que je découvre que le cœur du fœtus bat avant même que l’organe ne prenne forme.
Sur l’échographie, c’est un petit pois noir que l’on observe, mais ce pois vibre, pulse une petite lumière électrique qui correspond au rythme de ses battements.
La vie est là avant même qu’elle ne prenne forme.
C’est cette magie qui m’émeut, qui fait couler une petite larme au coin de nos yeux.
La vie a enfin trouvé mon ventre accueillant et y a établi sa demeure.
Dans un prochain article de blog, je raconterai le premier trimestre et ses aléas : les insomnies, la progestérone à insérer en capsules vaginales matin et soir, les saignements liés aux mouvements internes de l’utérus qui me terrifient et me font courir d’urgence à l’hôpital.
Je raconterai aussi les premières mains étrangères posées sur mon ventre et les émotions, les sensations que cela fait naître.
Je raconterai tout.
Parce que ce parcours est immense, un chemin d’engagement pour la vie, et je souhaite le partager au plus grand nombre.